MyCountry229 : apprendre à vérifier avant de partager, une nouvelle culture de l'information au cœur des communautés
De la reconnaissance des fausses informations à la vérification des images, vidéos et sources, le projet MyCountry229 a donné aux jeunes et aux communautés des réflexes concrets pour mieux faire face à la désinformation à l'ère de l'intelligence artificielle.
Aujourd'hui, une information peut circuler dans une communauté en quelques minutes. Une publication sur Facebook, une vidéo sur TikTok, une capture d'écran ou un message partagé dans un groupe WhatsApp peut rapidement atteindre un grand nombre de personnes.
Mais une information qui circule rapidement n'est pas forcément une information fiable.
Elle peut être ancienne, incomplète, sortie de son contexte, manipulée ou simplement fausse. Avec l'évolution des outils numériques et de l'intelligence artificielle, certains contenus peuvent également sembler de plus en plus crédibles, rendant leur vérification encore plus importante.
C'est face à cette réalité que s'inscrit MyCountry229, Jeunes Ambassadeurs de l'Information Fiable, porté par AMP BENIN – Action Monde Productif, avec le soutien de l'Association des Blogueurs pour une Citoyenneté Active (ABCA) et de ses partenaires, FIDEMO et INADES Formation.
À travers une campagne numérique de dix jours et trois activités communautaires organisées à Abomey-Calavi, Kpomassè et Ouidah, le projet a cherché à transmettre une idée simple, mais essentielle : avant de partager une information, il faut prendre le temps de la vérifier.
Comprendre la désinformation pour mieux y faire face
La lutte contre la désinformation ne commence pas uniquement avec les outils de vérification. Elle commence aussi par la compréhension des mécanismes qui rendent les contenus trompeurs attractifs et largement partagés.
Certaines informations cherchent notamment à provoquer une réaction immédiate. Elles jouent sur la peur, la colère, l'urgence, le sensationnalisme ou encore une fausse impression d'autorité.
Lorsqu'un contenu nous pousse fortement à réagir, le premier réflexe devrait donc être de ralentir. Une émotion forte peut être un signal pour dire : « Stop. Je vérifie avant de partager. »
Cette démarche permet de prendre du recul et d'éviter de contribuer involontairement à la diffusion d'une information fausse ou trompeuse.
Vérifier une information commence par sa source
L'un des premiers réflexes transmis pendant la campagne consiste à regarder au-delà du contenu lui-même. Avant de partager une information, plusieurs questions peuvent être posées :
- Qui est l'auteur de l'information ?
- Quelle est la source ?
- Quand l'information a-t-elle été publiée ?
- L'information est-elle confirmée par d'autres sources ?
- Le contenu présente-t-il suffisamment de contexte ?
Le fait qu'une publication soit très commentée ou largement partagée ne constitue pas une preuve de sa véracité. De même, une capture d'écran ne doit pas être considérée automatiquement comme une preuve.
La vérification demande parfois seulement quelques secondes supplémentaires. Pourtant, ces quelques secondes peuvent éviter qu'une fausse information soit transmise à toute une communauté.
Une image peut être vraie et pourtant trompeuse
Les images occupent une place importante dans notre manière de nous informer. Elles donnent souvent l'impression de montrer directement la réalité. Mais une image réelle peut être utilisée pour raconter une histoire fausse.
Une photographie peut être ancienne et présentée comme récente, avoir été prise dans un autre pays ou accompagnée d'un texte qui ne correspond pas à ce qu'elle représente réellement.
Face à une image, quatre questions simples peuvent aider : Quand ? Où ? Qui ? Quel contexte ?
Il est également possible d'utiliser des outils de recherche d'image inversée pour essayer de retrouver son origine. L'objectif n'est pas de devenir expert en investigation numérique, mais d'acquérir suffisamment de réflexes pour ne pas prendre une image pour une preuve sans vérifier ce qu'elle raconte réellement.
Une vidéo ne raconte pas toujours toute l'histoire
Les vidéos sont particulièrement puissantes parce qu'elles donnent une impression de réalité. Pourtant, voir une vidéo ne signifie pas nécessairement connaître toute l'histoire.
Une vidéo peut être ancienne, découpée, sortie de son contexte ou accompagnée d'une description trompeuse. Dans certains cas, les nouvelles technologies permettent également de créer ou de modifier des contenus audiovisuels de manière très réaliste.
Avant de partager une vidéo, les mêmes réflexes restent essentiels : Qui l'a publiée ? Quand a-t-elle été réalisée ? Où a-t-elle été filmée ? Quelles autres sources confirment l'information ?
Ainsi, « voir » ne suffit pas toujours pour « savoir ».
À l'ère de l'intelligence artificielle, vérifier devient encore plus important
L'intelligence artificielle offre de nombreuses possibilités positives dans les domaines de l'éducation, de la création, de l'entrepreneuriat et de la communication. Mais elle facilite également la production de contenus qui peuvent paraître authentiques alors qu'ils sont artificiels ou manipulés.
Images générées, voix modifiées, vidéos transformées ou textes produits automatiquement : les internautes peuvent désormais être confrontés à des contenus dont l'apparence ne suffit plus à déterminer la fiabilité.
La bonne question n'est plus seulement : « Est-ce que cela paraît vrai ? » Elle doit aussi être : « Comment puis-je le vérifier ? »
« Stop avant de partager » : transformer la vérification en réflexe
Tout au long de la campagne, MyCountry229 a cherché à rendre la vérification simple et accessible, à travers une démarche en 4 étapes :
- 🛑 STOP — Ne pas partager immédiatement une information surprenante, alarmante ou très émotionnelle.
- 🔎 VÉRIFIE — Regarder la source, l'auteur, la date, le contexte et rechercher d'éventuelles confirmations.
- 🤔 DÉCIDE — Après vérification, déterminer si l'information est suffisamment fiable pour être partagée.
- 📲 PARTAGE — Partager de manière responsable uniquement lorsque les éléments disponibles permettent de considérer l'information comme fiable.
Ce processus transforme progressivement la vérification en une habitude. Car lutter contre la désinformation ne signifie pas seulement apprendre à reconnaître les fausses informations. C'est aussi apprendre à ne pas devenir soi-même un relais involontaire de contenus trompeurs.
De la campagne numérique aux communautés
Ces apprentissages n'ont pas été limités aux réseaux sociaux. Après la campagne en ligne, le projet a poursuivi son action sur le terrain à travers trois activités communautaires.
À Abomey-Calavi, une activité organisée le 29 août 2026 à l'Hôtel Paramondo a réuni une trentaine de participants autour des enjeux liés à la désinformation et à la vérification de l'information à l'ère de l'intelligence artificielle.
À Kpomassè, dans l'arrondissement de Sègbèhouè, la séance du 31 août a particulièrement mis l'accent sur l'accessibilité des messages. Les échanges ont été adaptés et expliqués en langues locales, notamment en fon et wɛda, afin de permettre aux participants de mieux comprendre les mécanismes de la désinformation et de pouvoir ensuite transmettre ces connaissances dans leurs communautés.
Cette approche répond à une réalité importante : dans les villages et les hameaux, une information non vérifiée peut rapidement circuler de personne en personne et provoquer incompréhensions, tensions ou inquiétudes.
À Ouidah, le 2 septembre 2026, l'activité organisée à BougeLabs a rassemblé une trentaine de participants, notamment des jeunes acteurs et talents du numérique évoluant dans des domaines comme le graphisme, le développement web, la photographie, la programmation et l'incubation.
Pour ces futurs professionnels du numérique, la sensibilisation prend une dimension particulière. Ceux qui créent, produisent et diffusent des contenus ont également un rôle important à jouer dans la construction d'un environnement numérique plus fiable.
De jeunes utilisateurs à de véritables ambassadeurs
L'ambition de MyCountry229 ne s'arrête pas à la transmission de connaissances. Le projet cherche à faire émerger une communauté de Jeunes Ambassadeurs de l'Information Fiable, capables non seulement de vérifier les informations qu'ils reçoivent, mais également de sensibiliser leur entourage.
Le projet en un coup d'œil
Ces chiffres montrent l'ampleur de la mobilisation, mais l'enjeu le plus important reste la capacité de ces participants à prolonger les apprentissages au-delà de la campagne.
Un jeune qui vérifie une information avant de la partager peut éviter sa diffusion à plusieurs personnes. Une personne qui apprend à sa famille à vérifier une image peut contribuer à protéger son entourage. Un acteur du numérique qui prend le temps de vérifier une source avant de publier peut, à son tour, influencer de nombreuses personnes.
C'est ainsi que se construit progressivement une culture collective de la vérification.
Une culture de l'information qui doit continuer
La fin d'une campagne ne signifie pas la fin du combat contre la désinformation. Les contenus continueront de circuler. Les technologies continueront d'évoluer. Les méthodes utilisées pour tromper les internautes pourront également changer.
La réponse doit donc être durable : développer chez chacun l'habitude de questionner, vérifier et contextualiser avant de partager.
Cette responsabilité concerne les jeunes, les familles, les professionnels du numérique, les organisations, les médias et plus largement tous les utilisateurs d'Internet.
Il ne s'agit pas de croire systématiquement que tout est faux. Il s'agit plutôt d'éviter de considérer automatiquement comme vrai tout ce qui nous est présenté.
Vérifier, c'est prendre quelques instants pour mieux comprendre avant d'agir.
Conclusion : vérifier avant de partager, un geste citoyen
À travers MyCountry229, une conviction s'est progressivement imposée : la lutte contre la désinformation ne repose pas uniquement sur les experts de la vérification des faits. Elle commence aussi avec les habitudes quotidiennes de chaque utilisateur du numérique.
Savoir identifier une source, vérifier une date, rechercher le contexte d'une image, questionner une vidéo ou comparer plusieurs sources sont des gestes simples, mais essentiels. Ils permettent de passer d'une consommation rapide de l'information à une utilisation plus responsable du numérique.
Les jeunes mobilisés dans le cadre du projet sont ainsi appelés à devenir des relais de cette culture dans leurs familles, leurs communautés et leurs espaces numériques.
Parce qu'au fond, être un ambassadeur de l'information fiable commence par un geste simple :
Je vérifie avant de partager. Et toi ?